Adieu poulet, bonjour polars

Après les dures réalités de la vie d'OPJ, le bonheur des histoires fictives : le polar

Jean-Claude Sartelet

Noir c'est noir

(LePointCom)

«LePointCom» est un trimestriel local (canton de Selongey / Is-sur-Tille / Fontaine Française) dans lequel j'écris des histoires dans la rubrique «Noir c'est noir». Le dernier numéro est téléchargeable sur le site www.traitdecaractere.fr. Pour tous renseignements, vous pouvez écrire à ICI.

Jean-Claude SARTELET, ancien commandant de police judiciaire et auteur de romans noirs plombe désormais l’ambiance du PointCom avec des histoires inspirées de faits réels et d’enquêtes qu’il a lui-même dirigées. Ici on déssoude, on sulfate, on arrose, on solutionne. vous avez aimé “la petite maison dans la prairie” ?… alors fuyez.

Épisode 2 - L’ATTAQUE DE LA DILIGENCE BLINDÉE

Fin de tournée en ce samedi de juillet ensoleillé. Il est 19h30 précise et Franck et Cédric, deux jeunes convoyeurs de fonds trentenaires de la Brinks ont terminé leur ramassage de sacs de billets et de pièces, fruit de cette société de super consommation décadente. Aucun incident à signaler, ni même de mouvements extérieurs suspects. Que le peuple s’amuse. les milliardaires propriétaires des grandes chaînes de distribution ont fait leur beurre hebdomadaire. Le brave petit peuple qui lui se paupérise à grand coup de réformes a jeté ses derniers centimes de fin de mois dans la grande tirelire du libéralisme pour se faire la brochette partie de fin de semaine, humectée du rosé des coteaux du Var, le rosé de Provence étant déjà trop cher. Les convoyeurs empruntent l’itinéraire bis pour déjouer d’éventuelles attaques. Déjà ils se racontent leurs projets de week-end. Ils sont heureux d’avoir trouvé un boulot, mal payé certes, dangereux qui plus est. Mais par les temps qui courent, qu’importe s’ils sont souvent traités de cow-boys, ou de suppôts, voire larbins du capitalisme. Ce ne sont pas les mauvaises langues qui les paient. Et puis, ne sont-ils pas à l’abri dans leur fourgon archi blindé ? Toujours est-il qu’ils sont heureux de se présenter devant la porte du bâtiment qui abrite l’argent de toutes les grandes surfaces de la ville. Un véritable château fort, pratiquement imprenable : porte blindée à ouverture automatique rapide, idem pour fermer. Murs très épais. Sas d’entrée. Puis nouvelle porte blindée. Puis cour où sont vidés les camions. A nouveau porte blindée et à l’intérieur un personnel qui fonctionne comme la caisse d’une banque : coffres-forts, et chambres blindées.

Franck et Cédric se présentent donc à la porte de la Brinks. Contact radio et feu vert pour entrer. La première porte s’ouvre, mais le conducteur Franck n’a pas le temps d’enclencher la première, son camion avance tout seul, mu par une force venant de l’arrière. «Merde, on nous bourre au cul Cédric, çà craint !» «De véhicule 1 à centrale, nous sommes attaqués.». Dans son rétroviseur, Franck distingue un énorme 4 x 4 noir, style militaire qui pousse son camion.

Puis une déflagration énorme de forte puissance de feu éclate tout l’arrière du camion qui se soulève sous la puissance de feu. La porte arrière présente un trou énorme. « Venons de prendre un coup de bazooka à l’arrière, le fond du camion prend feu. Ne pouvons pas sortir. » - «Ne bougez surtout pas, nous sommes cinq à l’intérieur, nous allons riposter. Vous êtes bloqués par un Hummer noir, c’est du lourd. Ils sont deux à l’intérieur. Deux autres sont sortis.»

Et le canardage commence. Visiblement ils ne font pas dans la bricole les gaillards. A l’oreille Franck et Cédric reconnaissent des coups de fusils à pompe dont les bastos viennent s’écraser sur la porte blindée numéro deux. Boum ! boum ! boum ! le tir est de vitesse moyenne, il provoque un vide dans les oreilles qui se débouchent à chaque bling !bling !bling des bastos qui s’écrasent sur la tôle de leur camion. Le Hummer est toujours derrière , tous freins bloqués. C’est un engin para-militaire, énorme et puissant. On a affaire à des pros. Cà c’est certain, et pas du coin par-dessus le marché. Les deux autres qui devaient être assis à l’arrière sont sortis et, placés en retrait à l’arrière de chaque côté du Hummer canardent au Beretta et au Sig Sauer, tout du 9 mm parabellum, avec chargeur à 13 coups pour le Sig et à 17 coups s’il s’agit d’un Beretta 92F. Ces types sont armés militairement. C’est grave et dangereux. La police prévenue arrive au bout d’un quart d’heure qui a paru une éternité à Franck et Cédric planqués sur le plancher de leur camion ouvert aux quatre vents à l’arrière. Ils sont à l’abri dans leur cabine blindée et les minutes paraissent des heures. En plus çà pue la poudre et ces cons là n’ont pas l’air de vouloir faire une pause. Les sirènes de la police ont pour effet de faire ralentir la cadence de tir des attaquants. Elles produisent l’effet inverse du côté de «Fort Chabrol».

Les collègues de Franck et Cédric restés en protection permanente à l’intérieur sulfatent eux aussi au Beretta, au Sig Sauer, au fusil à pompe et à la Kalachnikov. La police n’est pas en reste. Les quatre malfrats sont remontés dans leur Hummer, mais l’un des policiers a touché l’un d’eux au fusil à pompe. Du sang a giclé en l’air très fort venant de l’épaule droite, le type a été hissé par l’un de ses potes, barbouillant au passage la carrosserie noire de rouge sang. Ce métier semble dangereux……….. ! Voyant qu’ils n’arriveront pas à leur fin, les loustics opèrent une marche arrière à fond. Mais leur avant encastré dans l’arrière de la Brink entraîne le camion avec eux. Les flics en profitent pour arroser à tout va, c’est le western à l’amerloque. Les pneus fument, çà pue la gomme, l’essence et la poudre. Ca fait du bruit, beaucoup de bruit : «boum !boum !boum» ! Puis aussi sec : «bling! bling!bling! Un vrai bordel. Finalement, après quelques ruades, le Hummer – H Luxury -, identifié par les flics s’arrache définitivement présentant son arrière : 2008 WPD 75. Une bande de Paname, mais avec fausses plaques pour sûr. Il fume de toutes parts le Hummer, des pneus, de l’échappement et de la vitre arrière, il crache, mais crache mauvais : un coup de bazooka a explosé tout l’avant de la Laguna des flics. Deux restent au tapis, et deux autres sortent rapido se coucher sur le bas côté, ajustant leur pistolet mitrailleur Uzi (9mm) qui rafale à tout va. L’arrière du Hummer bien que criblé de bastos ne l’empêche pas de s’envoler à 140 kms dans les rues direction Paris.

La chasse est engagée et dans le même temps le signalement radio passé. Les gaillards ont tous les flics de France au cul. Il est 20h30. La plaisanterie a presque duré une heure.

Much et Gilou qui assurent la permanence PJ sont appelés pour les agapes. Il reste à se taper les constatations et les auditions avec les collègues de la scientifique. Deux heures plus tard et 150 kms au compteur, ils sont opérationnels.

Il y a du taf comme disent les mômes. Des douilles de toutes sortes jonchent le sol. Qui a tiré quoi ? Les gonzes et les flics ont le même matos, à la variante près pour le bazooka. Tout de même attaquer un bâtiment stock de la Brinks à 19h30 et à quatre, ils ont des couilles de taureaux ces mecs là. Bon ? pour le reste, c’est de la routine : audition de Franck et Cédric et du personnel, puis saisir le rapport du commissariat local, ça ira. Mais pour la chasse, ce sont les collègues du commissariat et la gendarmerie qui sont saisis.

A 23h, un automobiliste pris d’une envie naturelle, s’arrête sur le bord de la route, 2 kms avant Vitry le François et entend des gémissements dans le fossé. En s’approchant il découvre un type couvert de sang,l’épaule déchiquetée. Il s’approche et essaie de lui parler, mais le type meurt dans ses bras au bout de deux minutes. L’identification confirme au bout d’une heure d’après les témoignages des gars de la Brinks qu’il s’agit du type qui a été atteint par le fusil à pompe. Ces salauds ne se sont pas gênés, il ont éjecté de leur véhicule leur blessé. On ne s’encombre pas d’un type qui saigne et qui va mourir dans le milieu. Chacun sa peau. Le 4X4 est retrouvé abandonné à Fontainebleau. A part le sang de la victime, un italien répondant au doux nom de Nino Cambresi fiché au grand banditisme, rien de rien pour l’instant. Il faudra remonter plus haut pour reconstituer l’équipe. Résultat, du sang, de la sueur, et nada ! Il faut réfléchir avant de faire parler la poudre. Le jeu n’en valait pas la chandelle, et de plus la chandelle est morte. Mais il y a eu feu !.

Jean-Claude SARTELET - sartelet.jeanclaude@gmail.com