Adieu poulet, bonjour polars

Après les dures réalités de la vie d'OPJ, le bonheur des histoires fictives : le polar

Jean-Claude Sartelet

Article de l'Indépendant de l'Yonne

Publié le : vendredi 24 juin 2005 par Alain CHABOTEAU

“DANS LES ANNEES 70 LES BLAIREAUX ETAIENT POLIS”

A la PJ de Dijon, l’ex-commandant Jean-Claude Sartelet, s’occupait de la lutte contre le blanchiment d’argent et le trafic de fausse monnaie. Il vient de publier chez Thélès un roman (policier) qui n’est pas qu’une fiction puisqu’inspiré de faits réels.

Son état civil marque 58 ans au compteur. A le voir on lui en donnerait volontiers dix de moins. Depuis qu’il a arrêté le sport intensif, il y a une vingtaine d’années, il a pris vingt kilos. Pour tout dire on ne voit pas vraiment où est accrochée la surcharge pondérale. Bref, notre homme affiche tout bonnement un bulletin de santé parfaitement honorable voire enviable. Depuis quatre ans, il est rangé des voitures. La vie active a pris une toute autre signification pour lui.

Fini les planques jusqu’à plus d’heure, les soixante heures hebdo payées 40, les repas avalés sur le pouce, les permanences qu’il faut assurer au détriment de la vie de famille... Dans ce métier, la vie de famille en prend nécessairement un coup.

Les divorces sont nombreux et forcément les pensions alimentaires le sont toutes autant quand il y a des mômes en jeu. Jean-Claude Sartelet est flic.

Plus exactement c’est un flic à la retraite. Avec le portrait robot qu’on vient de dresser de lui il serait inconvenant de dire un ancien flic.

Sartelet est d’ailleurs toujours un peu dans le circuit. 26 ans de Police Judiciaire, ça laisse forcément une empreinte indélébile surtout lorsqu’on choisit véritablement d’exercer la profession par passion avec toutes les options de série qui vont avec.

A l’antenne régionale de Dijon, où il a fait toute sa carrière, il a encore quelques entrées. “Cela fait toujours plaisir dit-il de savoir qu’on n’est pas complètement largué. Vous savez, j’ai beaucoup aimé ce métier. Pourtant ça n’a jamais été le club Med.”.

Sorti 22 ème du concours national d’inspecteur de police (500 candidats sur toute la France), après sa formation à Cannes-Ecluse, il rejoint effectivement la PJ de Dijon où il est intégré à la brigade financière.

Là il deviendra rapidement l’un des spécialistes affecté à la lutte contre le blanchiment de l’argent sale et le trafic de la fausse monnaie.

Sartelet se révélera rapidement un bon élément mais il n’a jamais trop aimé qu’on lui fasse prendre des vessies pur des lanternes même pour des nécessités de service. Dit autrement l’inspecteur Sartelet n’a que modérément apprécié certaines façons d’opérer dans la maison poulaga en particulier un chef de service qui a bridé son avancement pendant plus de dix ans : “C’est fou le pouvoir exorbitant qu’ont les chefs de service sur leurs officiers. Mais il y a toujours un retour de manivelle explique-t-il un rien satisfait.”.

Pour le coup, le retour de manivelle on peut le voir sous différents éclairages. Sartelet a choisi de se mettre en scène dans un excellent roman paru aux éditions Thélès. A partir de faits réels, de faits qui ont jalonné sa carrière, il se remet en selle sous les traits du capitaine Sarre alias Much.

Sarre est un anti-Mégret :

“Je n’ai ps publié ce roman pour régler des comptes avec quelqu’un, encore moins avec la police et la hiérarchie. C’est vrai que Sarre ne se gêne pas pour déballer son sac, et pour livrer ses états d’âmes. La police c’est un métier d’hommes. Alors évidemment, parfois il peut y avoir des débordements.”.

Dans le personnage du roman (il convient d’employer les mots justes) il y a beaucoup du célèbre commissaire Moulin : coups de gueule, humour, action, Sarre est l’anti-Mégret. Il est finalement assez proche de San Antonio également ne serait-ce que par la proximité de quelques belles plantes dans le décor.

Après tout ce n’est pas parce qu’on est enquêteur qu’il faut se pourrir la vie... Sarre s’élève contre les truands et la connerie (voir pépé mon cono) ce qui nous vaut quelques échanges parfois proches des meilleurs dialogues d’Audiard.

On plonge aussi dans les années soixante dix une époque où il existait encore un code d’honneur chez les truands et autres blaireaux: “En ce temps-là explique Jean-Claude Sartelet les blaireaux au moins étaient polis...”.

Avec le capitaine Sarre, on ne s’ennuie pas un seul instant. Justement c’est la qualité des dialogues qui rend crédible le récit qu’on peut lire d’une seule traite.